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Réflexions sur la foi chrétienne

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Comment savoir si je suis chrétien

par Max Dauner

Vers la fin du IIe siècle, à Alexandrie, un chrétien anonyme rédigea une lettre adressée à un certain Diognète, païen désireux de s’instruire du christianisme.

« Car les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par les vêtements. … Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre ; tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle.  Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés là. … Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. » (À Diognète, IV, 6-V, 1-10).

Le fait d’être chrétien, que ce soit dans un monde romain païen ou dans un monde moderne de plus en plus incroyant, revêt une signification puissante. Si rien ne les distingue nettement sur le plan des usages quotidiens, chrétiens et non-chrétiens vivent, au fond, sur deux planètes différentes. Ils habitent deux réalités opposées. Les philosophes appellent de telles réalités mentales des « visions du monde ».

Chacun de nous en a une, même s’il n’a jamais pris la peine de bien l’analyser ou d’y réfléchir. C’est le point de vue que nous avons sur la réalité globale, c’est notre philosophie de vie. Cela va bien plus loin que les pratiques rituelles (cérémonies cultuelles, baptême, communion) ou morales (chasteté, refus de l’avortement) qui caractérisent les chrétiens et les différencient de leurs voisins non croyants. Un chrétien est défini bien plus fondamentalement par sa vision du monde que par les rites qu’il pratique le dimanche ou par les valeurs morales qui régissent ses relations avec son prochain. Ce ne sont pas ces pratiques qui font de lui un chrétien, c’est plutôt qu’il pratique ces rites et ces valeurs parce qu’il a la vision du monde chrétienne.


La guerre des visions du monde

Il ne reste en lice, dans notre culture occidentale, que deux visions du monde qui comptent. Le premier est le nouveau paganisme sécularisé, hédoniste et matérialiste. L’autre est la tradition judéo-chrétienne dont l’Église incarne la forme la plus pure et la plus complète. Nous organisons notre vie en fonction de l’une ou l’autre de ces deux visions du monde. Voilà ce qui fait de nous des chrétiens ou des païens.

Ces deux visions du monde s’opposent fondamentalement sur trois points : (1) ce que nous croyons au sujet de la vérité et de comment connaître la vérité ; (2) la nature du monde ; (3) la morale. Pour dire les choses plus simplement, le paganisme moderne nie d’emblée et par principe l’existence objective de trois choses : la vérité, le monde spirituel, et la loi morale.

Regardons brièvement ces trois points. Cela nous aidera à déterminer si notre façon de voir le monde est d’origine chrétienne ou d’origine païenne.


La vision du monde sécularisée

Le paganisme sécularisé moderne croit qu’en matière de religion et de morale, la vérité est inconnaissable ou inexistante. Chacun a droit à sa propre vérité puisque, finalement, une vérité vraiment vraie n’existe pas. On s’imagine que c’est là une attitude de tolérance, mais c’est en fait une forme d’intolérance aussi rigide que le plus rigide des intégrismes religieux.

Cette mentalité commence par un dogme : le monde est absurde, c’est-à-dire il est le fruit du hasard ou de forces physiques aveugles et n’a donc en lui-même aucune signification, aucun but intelligent. L’univers est comme une énorme machine complexe. Nous pouvons en étudier le fonctionnement dans le but de nous rendre la vie plus confortable, mais il est vain de chercher un sens à la vie. Nous ne saurons jamais à quoi sert cette machine parce que, justement, elle ne sert à rien. Chacun est donc libre d’inventer une vérité qui lui convient. Toutes nos vérités religieuses et morales sont également valables parce qu’elles sont toutes également fausses.

Le paganisme sécularisé moderne ne reconnaît pas, deuxièmement, l’existence d’un monde spirituel. Il est matérialiste dans le sens de croire que le monde de la matière est la seule réalité. Par conséquent, les habitants du monde spirituel — Dieu, anges, âmes humaines — n’existent pas réellement ; ils n’« existent » que subjectivement dans la tête de ceux qui les imaginent. Or, ce monde d’intelligences non matérielles est la seule source de sens pour le monde mécanique de la Nature. S’il n’existe pas, le monde physique n’a en lui-même aucune signification, il se contente d’être là pour être maîtrisé et exploité par les êtres humains, qui se trouvent être pour le moment l’espèce la plus forte et la plus intelligente.

Troisièmement, le paganisme sécularisé moderne nie l’existence d’une loi morale objective et universelle. Il prétend que nous créons nos propres « valeurs » morales et que personne n’a le droit de juger les valeurs d’un autre, de les condamner comme étant fausses. Autrement dit, le bien et le mal n’existent pas vraiment. Ce que nous appelons « bien » et « mal » n’est en fait que des opinions personnelles ou des usages sociaux érigés arbitrairement en règles de conduite.

La vision du monde sécularisée nous prive ainsi de la chose dont nous avons le plus besoin : le sens de notre vie. Voilà pourquoi notre civilisation moderne est habitée par une profonde tristesse spirituelle et un profond ennui spirituel.

La plupart des gens ne croient à rien, ils vivent des itinéraires extrêmement standardisés, tout en sachant que la réussite standardisée est une illusion. Mais nous n’avons rien trouvé d’autre. Nous sommes arrivés à un haut niveau d’organisation sociale et de prospérité matérielle, mais en même temps nous avons perdu complètement notre chemin. Nous courons de plus en plus vite, mais nous ne savons absolument pas pourquoi nous courons ni où nous voulons aller.

Chercher la vérité est une perte de temps, il s’agit seulement de tirer son épingle du jeu. On peut tenter de gagner le maximum et acheter un certain confort en attendant la mort, ou plutôt la retraite. (L’homme moderne ne se prépare plus à la mort, il l’« accepte » et espère seulement mourir dans le confort.) Rien n’existe en dehors de ce monde physique, il faut donc en consommer le plus possible tant qu’on est encore en vie. Il y a là vraiment de quoi déprimer !

Ainsi, la vision du monde sécularisée nous a coupés de Dieu et du monde spirituel, de l’éternité, de la morale et de la vérité.


La vision du monde chrétienne

C’est la réalité de Dieu qui définit la vision du monde chrétienne et l’oppose irrévocablement à la mentalité sécularisée qui règne dans notre culture. Dieu existe réellement, que nous croyions en lui ou pas, que cela nous plaise ou pas. (Et, en fait, cela devrait nous plaire. L’athéisme est trop triste pour être vrai.) Il est l’être absolument parfait : tout puissant, suprêmement intelligent et sage, omniprésent, bon, saint, miséricordieux, plein d’amour, « tout ce qu’il est bon d’être plutôt que de ne pas être », d’après saint Ansèlme.

Cet être parfait est pur esprit, il ne possède pas un corps physique et n’appartient pas à notre univers matériel. Par pure générosité (rien ne l’obligeait à le faire), il a créé d’autres êtres pour partager avec eux son existence. Certaines de ses créatures sont de purs esprits (les anges), d’autres sont des êtres purement physiques (animaux, plantes, minéraux). L’homme est un être « hybride », composé d’un corps et d’un esprit ou « âme ». Spirituellement, nous sommes faits à l’image de Dieu. Notre intelligence, notre volonté libre, notre sens du bien et du mal, tout cela nous rapproche du monde spirituel et nous rend capables de réaliser une destinée extraordinaire : vivre, corps et âme, éternellement avec Dieu dans le monde céleste.

C’est la dimension spirituelle qui donne son sens à notre vie matérielle et non pas vice versa. C’est comme une pièce de théâtre : c’est la partie invisible de la pièce — le scénario écrit par un être intelligent — qui donne tout son sens au décor physique où l’action se déroule. Nous ne sommes pas des prisonniers coincés dans une mécanique gigantesque dont nous ne comprenons pas le but. Nous sommes des personnages réels dans une histoire réelle écrite par un Auteur réel. Nous ne sommes pas condamnés à la tâche déprimante de remplir le vide de notre vie par une consommation de plus en plus frénétique.

La réalité du monde spirituel entraîne la réalité d’une vérité objective. Cette vérité nous est communiquée surtout par les interventions de Dieu dans notre Histoire : le monde spirituel qui pénètre notre monde de temps et d’espace. Le récit historique qui rend témoignage à ces interventions se trouve écrit dans le livre que nous appelons « la Bible ». Ces interventions atteignent leur point culminant avec la venue du Christ, lui qui disait : « Je suis la vérité ». C’est par sa vie, sa mort, sa résurrection et son ascension que nous apprenons la seule vérité qui compte finalement : la vérité sur le sens de notre vie et sur notre destinée. Nous existons pour une seule raison : connaître le Dieu d’amour qui nous a faits et vivre éternellement avec lui et les uns avec les autres.

Voilà ce qui fonde le troisième élément de notre vision du monde : la morale. Il existe une vraie morale objective, un vrai bien et un vrai mal. La loi de Dieu n’est pas simplement un ensemble de règles arbitraires inventées par les hommes.

Cette Loi nous apprend les vertus qui nous font ressembler à Dieu et nous permettent de nous avancer vers lui, c’est-à-dire vers notre destinée. Par exemple, Dieu est fidèle dans son amour, et c’est en étant fidèles dans notre amour que nous pourrons nous préparer à vivre avec lui et trouver la joie dans son monde. Cette Loi nous apprend également les vices qui s’opposent à la nature de Dieu et nous rendront inaptes à jouir du ciel. Que voulez-vous que Dieu fasse au ciel d’une personne qui ne cherche pas la fidélité dans ses relations ?


Alors, je suis chrétien ou pas ?

Maintenant, pour conclure, c’est le moment de faire un bilan personnel. Laquelle de ces deux visions du monde est-ce que je suis en train de vivre dans l’intimité de ma pensée et de réaliser concrètement dans ma vie de tous les jours ? Suis-je en train de suivre passivement l’itinéraire que notre culture sécularisée a déterminé pour nous : produire et consommer jusqu’à la retraite pour mourir dans le confort ? Si oui, je ne suis pas en train de vivre dans le monde réel et je gaspille la chance inouïe que Dieu me donne de connaître une éternité de beauté, de vérité et d’amour.

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Ce que Jésus attend de moi

par Max Dauner

Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait (Romains 12.1-2).

Ce texte de saint Paul nous apprend ce que signifie dans le concret le fait d’avoir renoncé à la vision du monde sécularisée de notre culture et d’être entrés dans la réalité de la vision du monde chrétienne. En d’autres termes, c’est un bon critère pour mesurer à quel point nous nous sommes vraiment convertis au sens biblique : changer de mentalité. Il s’agit de devenir un « sacrifice vivant », c’est-à-dire de nous donner à la volonté de Dieu dans tous les aspects de notre vie. La totale.

À notre époque et dans notre société particulière, ce non-conformisme au monde déclenchera en nous des luttes spirituelles et morales extrêmement âpres, tellement la vision du monde chrétienne s’oppose à celle de notre société sécularisée. Il n’est jamais facile de nous faire violence pour faire mourir nos vieilles habitudes et nos vieilles façons de penser. Il n’est jamais facile de vivre à contre-courant de sa propre culture. Mais voilà en quoi consiste, justement, le fait d’être un sacrifice vivant.

Même si cette guerre spirituelle doit se livrer sur de nombreux fronts, force est de reconnaître qu’aujourd’hui l’ennemi concentre ses attaques sur quelques points bien précis.


1. La pratique communautaire de notre foi, ou Pourquoi je dois venir à l’Église tous les dimanches

À en croire les médias et les conversations spontanées que nous pouvons entendre autour de nous, assister religieusement chaque semaine aux célébrations dominicales de l’Église serait le signe certain que nous sommes victimes d’une secte ou que nous sommes des fanatiques. Drôle de jugement de valeur venant d’une société où on passe, en moyenne, trois heures et demie tous les jours devant la télévision !

Mais ce jugement est en fait parfaitement logique. Pour le monde, Dieu n’existe pas réellement, il ne vit que dans l’imagination des croyants. Prendre cette illusion au sérieux au point d’aller à l’Église tous les dimanches serait effectivement le signe d’un déséquilibre mental. Par contre, puisque la vie réelle est si ennuyeuse, si déprimante et dépourvue d’un vrai but, il est tout à fait normal de s’abrutir presque vingt-quatre heures par semaine devant le petit écran.

Il existe un tas de mauvaises raisons pour les chrétiens de ne pas venir tous les dimanches à l’Église : paresse, désir de s’amuser, ambition professionnelle ou scolaire, peur des moqueries, etc. Mais toutes ces raisons se réduisent finalement à une seule : mentalement, nous vivons toujours dans l’illusion du monde sécularisé. Nous avons l’impression que c’est un vrai sacrifice de devoir quitter le monde réel des matches de foot du dimanche matin ou des sorties du samedi soir ou des contrôles du lundi après-midi pour venir passer une petite heure détachée des réalités plus urgentes, plus… réelles de la vie.

En pensant ainsi, nous avons tout à l’envers. À l’Église, pendant l’adoration, nous sommes entourés de gens qui sont en train de vivre consciemment et d’exprimer en paroles et en gestes concrets la réalité de la présence de Dieu. C’est-à-dire la vraie réalité. C’est un quittant l’Église que nous devons rassembler nos forces pour affronter un monde irréel où tout le monde vit, pense, parle comme si Dieu n’existait pas. En partant de l’Église, nous quittons le monde réel pour entrer dans le monde de l’illusion.

Il n’est donc pas simplement question de faire de la célébration dominicale une activité prioritaire parmi tant d’autres, de la promouvoir à un rang plus élevé dans notre liste de choses à faire. Il est question, plutôt, de « renouveler notre intelligence » comme le dit l’apôtre Paul, de poursuivre notre conversion, de changer notre vision du monde. Si nous vivions mentalement dans un monde où Dieu est non seulement réel, mais où il est la réalité centrale, la seule qui compte vraiment, nous ne laisserions rien nous empêcher de venir aux réunions de l’Église, de nous baigner dans la présence de Dieu, de communier avec lui et avec son peuple. Que pourrions-nous avoir de plus important, de plus réaliste et de plus joyeux à faire ? ? ? ?

Je n’arrive peut-être pas à imaginer clairement comment le jour du jugement dernier se déroulera. Mais je suis certain d’une chose : personne ne dira : « Oh mince, j’aurai dû passer plus de temps à regarder la télé, à jouer au foot, à préparer mon examen de maths, à rester au lit… ! »

Le danger très réel et très grave qu’il y a à ne pas acquérir une conviction sur cette question, c’est que nous nous laissions glisser petit à petit dans le vieux monde sécularisé de que voulions quitter. Venir à l’Église commencera à descendre dans la liste de nos priorités pour en disparaître un jour complètement.


2. La morale sexuelle chrétienne, ou Pourquoi je dois réserver les rapports sexuels uniquement au mariage

La morale sexuelle chrétienne peut être résumée en une seule phrase, une phrase si simple que même un enfant de cinq ans peut la comprendre : les rapports sexuels sont destinés uniquement aux couples mariés. Cette règle morale est puissamment renforcée par des mises en garde très fortes : En effet, Dieu ne nous a pas appelés pour que nous demeurions dans l’impureté [grec porneia : toute relation sexuelle en dehors du mariage], mais il nous a appelés à la sainteté. Ainsi donc, celui qui rejette ces instructions, ce n’est pas un homme qu’il rejette, c’est Dieu, lui qui vous donne son Esprit Saint (1 Thessaloniciens 4.7-8).

De tout temps, les chrétiens ont eu du mal à suivre cette règle, les transgressions dues à la faiblesse de la chair ont toujours été nombreuses. Mais on serait tenté de dire qu’aujourd’hui on ne cherche même plus à la suivre. On dirait que la chasteté (qu’il ne faut pas confondre avec le célibat ou l’abstinence ; la chasteté désigne tout simplement l’obéissance à la loi de Dieu en matière de sexualité) n’est même plus un idéal que les croyants cherchent à atteindre.

Pourquoi ? Je ne pense pas qu’il s’agisse simplement d’une affaire de morale, que des croyants de plus en plus nombreux aient un jour pris délibérément la décision de s’enfoncer dans une vie de débauche frénétique. Je crois qu’il s’agit plutôt d’une question de notre vision du monde qui n’a pas encore été complètement convertie.

On n’a pas à chercher loin pour découvrir la philosophie du sexe issue de la vision du monde sécularisée de notre société occidentale. Au contraire, nous et nos enfants en sommes littéralement bombardés sans répit dans les médias, dans l’éducation nationale, dans les publicités, partout. En voici la logique essentielle. Ni notre monde, ni notre vie n’ont la moindre signification transcendante. Nous ne sommes que des animaux engendrés par une évolution régie elle-même par le hasard. Tout comme notre vie dans son ensemble n’a ni signification ni but, ainsi notre vie sexuelle n’a aucune signification ni aucun but. La sexualité humaine ne diffère pas dans son essence de l’accouplement animal. 

Il serait dans ce cas inutile, « non naturel », voire psychologiquement malsain de chercher à maîtriser par la raison cet instinct purement animal et à le soumettre à une contrainte morale quelconque. Autrement dit, selon la vision de la réalité qui règne dans notre société, la sexualité n’a aucune dimension morale. Il n’y a pas de vrai bien ni de vrai mal dans la pratique du sexe. Il n’y a que des lois civiles humaines pour réprimer la violence sexuelle (le viol) ou — pour le moment, au moins — l’abus de l’autorité adulte (la pédophilie), mais pas de vraie moralité ou d’immoralité sexuelles.

Si nos contemporains dans le monde occidental s’accouplent comme des animaux en chaleur, c’est parce qu’on leur a appris qu’ils n’étaient effectivement que des animaux. Ils ne font que vivre logiquement en fonction de leur vision du monde.

Le chrétien ne pourrait en aucun cas accepter cette logique, ni vivre comme si elle était vraie. Car nous ne sommes pas simplement des animaux engendrés par le hasard et accablés d’un instinct d’accouplement hyperactif. Nous sommes faits, « mâle et femelle » (Genèse 1.27), à l’image de Dieu.

Le Créateur aurait pu concevoir une race humaine unisexuée qui se reproduit par simple division, comme certains animaux et plantes. S’il nous a créés en deux sexes différents, c’était pour des raisons bien précises. Notre sexualité, comme notre vie tout entière, a une signification profonde et un but élevé. Elle nous introduit dans quelques-uns des plus grands mystères de l’univers : l’altérité ; la communauté de vie entre les membres de la Trinité ; l’amour sacré qui lie Dieu et les hommes, le Christ et son Église ; la procréation généreuse de la vie ; la fidélité exclusive ; l’unité dans la diversité ; et combien d’autres !

Voilà le vrai enjeu de la sexualité humaine. Pas étonnant que pour le chrétien, le sexe soit une chose sacrée, une chose qu’il faut scrupuleusement respecter. Nous n’avons pas le droit d’en faire ce que nous voulons ! Voilà pourquoi, contrairement à la propagande des médias, la vie sexuelle des couples chrétiens fidèles est, pour autant qu’on puisse mesurer de telles choses statistiquement, plus satisfaisante que celles de leurs semblables non chrétiens. Voilà pourquoi l’Église se doit de faire respecter parmi les fidèles ce mystère sacré ainsi que la loi morale qui en gouverne la pratique.


3. La responsabilité financière du chrétien, ou Pourquoi je dois soutenir généreusement l’œuvre de l’Église

Si notre société moderne ne reconnaît pas la valeur sacrée de la sexualité, il n’en va pas de même pour l’argent. On lui rend un véritable culte, on le recherche comme une fin en soi, on l’entoure de pudeur. On est bien plus disposé à exposer publiquement notre corps ou les détails intimes de notre vie sexuelle que d’exposer notre situation financière !

La cupidité (le désir de toujours plus) et l’avarice (le désir de tout garder pour soi) ne sont pas des vices nouveaux, mais personne ne nierait que le culte de l’Argent n’a jamais, dans l’histoire des civilisations, atteint une telle universalité et une telle intensité que dans l’Occident moderne. Pourquoi sommes-nous attachés si violemment à l’argent et à tout ce que l’argent peut acheter ?

À nouveau, la raison est à chercher dans notre vision du monde sécularisée. Jésus a souvent dit à ses disciples de donner généreusement aux démunis et de se constituer ainsi un trésor « dans les cieux ». Seulement, nous ne croyons plus au ciel, ni au monde spirituel. Alors, chercher à amasser un trésor spirituel dans le ciel serait pour nous un gaspillage total de notre argent. Un tel trésor pourrait exister, tout au plus, à l’intérieur de notre tête : une récompense psychologique.

Nous sommes moralement matérialistes (avides de biens matériels et avares) parce que nous sommes philosophiquement matérialistes. Nous croyons que le monde physique est la seule vraie réalité. Par conséquent, les seuls vrais trésors sont ceux dont nous pouvons jouir dans le monde matériel.

Voilà pourquoi l’argent a une telle importance pour nous : c’est tout ce que nous pouvons espérer de la vie ! Tout en citant le proverbe « l’argent ne fait pas le bonheur », nous vivons comme si la réussite de notre vie et de la vie de nos enfants dépendait de l’accumulation et de la jouissance de biens matériels.

Pour la pensée chrétienne, l’argent est une réalité temporaire. C’est un moyen et non pas une fin. C’est un outil pour subvenir, oui, à nos propres besoins, mais surtout pour faire une œuvre qui dure jusque dans l’éternité. Un texte de l’apôtre Jean dit de ceux qui meurent dans le Seigneur : leurs œuvres les suivent (Apocalypse 14.13). Leurs œuvres, et non pas leurs frigos, leurs voitures, leurs maisons de vacances ou leurs cartes bancaires.

Voilà donc un troisième critère quantifiable pour déterminer si je règle ma vie en fonction de la mentalité sécularisée du monde ou en fonction de la pensée chrétienne. Quelle partie de mon budget est dépensée pour des choses, surtout matérielles, que je laisserai derrière moi en mourant, et quelle partie de mon budget est dépensée pour les choses qui me suivront au-delà de la mort ? L’Église fait une œuvre pour l’éternité, l’œuvre du Seigneur. (Bien sûr, elle n’est pas seule, il y a aussi les missions, les ministères divers, sans oublier la famille chrétienne elle-même.) C’est pour cela qu’elle sera l’objet particulier de notre générosité.


4. Le ministère du chrétien, ou Pourquoi je dois trouver le temps de servir Dieu

L’œuvre de Dieu sur la terre est rarement handicapée par un manque de dons et de talents dans les Églises. Au contraire, l’Esprit de Dieu a doté le corps du Christ de tous les dons spirituels nécessaires au bien de tous (1 Corinthiens 12.7). Là où ça coince, surtout en Occident, c’est le manque de temps. C’est, de loin, la raison la plus souvent invoquée pour ne pas s’engager dans des ministères de service et d’évangélisation : « Je n’ai pas le temps. »

Voilà un grand paradoxe, car la technologie moderne nous propose (et nous les achetons) littéralement des centaines de machines et d’appareils pour nous faire gagner du temps ! Et pourtant, nous n’avons jamais été aussi harcelés, bousculés, tourmentés et stressés par le temps. Nos emplois du temps sont devenus pour nous des maîtres impitoyables, des machines infernales.

En fait, cela n’est pas vrai. Car nous pouvons renverser cet esclavage quand nous voudrons. Il suffit de le vouloir. Notre emploi du temps n’est pas notre maître, il est notre serviteur.

Si nous n’avons pas de temps à donner au service du Seigneur, c’est pour la même raison que nous n’avons pas d’argent à donner. Nous nous imaginons — car nous ne sommes pas encore entrés totalement dans la réalité des choses — que nous n’avons que quelques années sur la terre pour nous réaliser, pour trouver et jouir du bonheur, pour accomplir, voir, visiter, connaître, vivre, découvrir tout ce que nous pouvons. Nous sommes avares de notre temps terrestre parce que nous croyons que c’est tout ce que nous avons.

Telle n’est pas la vision chrétienne des choses. Nous vivons déjà dans la perspective de l’éternité. Nous ne sommes pas pressés par le temps. Ce que nous avons commencé sur la terre, nous continuerons à le vivre et à le travailler dans le monde céleste. Surtout apprendre à aimer, à servir, à connaître Dieu, à lui parler. Voilà l’unique nécessaire. Bien sûr, il y a un prix à payer. Il faut éliminer ou réduire un tas d’autres activités moins importantes qui nous détournent de cette unique œuvre éternelle.

Impossible, dites-vous ? Prenons un exemple. Et si vous arrêtiez de regarder la télé ? Vous gagneriez, en moyenne, une vingtaine d’heures par semaine. Si vous vous contentiez de couper la poire en deux et de consacrer au service de l’Église la moitié du temps récupéré, cela ferait dix heures par semaine. Imaginez ce que le Christ pourrait accomplir si tous les membres de son corps consacraient dix heures de plus chaque semaine à travailler pour son Royaume ! Dans une Église de cinquante membres, cela ferait déjà 500 heures par semaine !


Ce que Jésus attend de moi

L’apôtre Paul écrit aux chrétiens de Corinthe : Aussi, si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là (2 Corinthiens 5.17). Une nouvelle réalité, une nouvelle vision du monde, dirions-nous aujourd’hui. Les deux portes qui mènent à cette nouvelle réalité, ce sont la foi et la conversion (grec metanoia, changement de mentalité). Voilà ce que Jésus attend de nous : croire à la bonne nouvelle et la laisser nous faire passer par la conversion dans cette nouvelle création.

Une fois que nous y sommes, n’ayons pas peur, il nous montrera clairement ce qu’il attend de nous. Et  pour notre part, ayant été « transformés par le renouvellement de notre intelligence », nous serons capables de comprendre, de discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.

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Vos enfants ont-ils un avenir ?

Nos espoirs matérialistes

Quel est aujourd’hui l’espoir le plus commun des parents pour leurs enfants ? Essentiellement un espoir matérialiste où les choses du monde ont la priorité absolue. L’idée dominante, c’est préparer les enfants à obtenir le meilleur boulot possible. En sondant les parents, on a nettement l’impression qu’ils n’ont en vue aucun idéal plus élevé pour leurs enfants.

Et cela s’applique même aux parents chrétiens, dont les ambitions pour leurs enfants ressemblent d’une manière inquiétante à celles des parents païens. Développer les talents et les qualités de leurs enfants n’a d’autre finalité que les avantages d’ordre matériel et social que cela pourrait leur procurer pour cette vie. Leur formation spirituelle en tant qu’âmes destinées à vivre et à aimer éternellement en fonction du caractère qu’ils se seront forgé dans cette vie est complètement ignorée ou plus ou moins laissée au hasard.

Il faut passer le bac, il faut entrer dans telle ou telle filière. Pourquoi ? Parce que cela permettra aux enfants de gagner plus d’argent, d’avoir une meilleure qualité de vie, de faire un meilleur mariage. C’est là du pur matérialisme, même si vous appelez ça de l’amour. C’est du paganisme, même si vous l’habillez de vêtements chrétiens.

Je ne suis pas en train de dire que la formation professionnelle d’un enfant doit être négligée, mais qu’elle ne doit pas être notre objectif prioritaire. Malheureusement, c’est souvent notre seul et unique objectif. Qu’ils sont peu nombreux, les parents qui voient plus loin que le pouvoir d’achat et le confort matériel futurs de leurs enfants !


Préparer les enfants à la mission de leur vie

Rendons cela plus personnel. Regardez dans votre propre cœur et cherchez, impitoyabement et sans complaisance, votre ambition pour vos enfants. Qu’y trouvez-vous ? La réussite (telle qu’elle est définie par le monde) ou la mission ? Par « mission », j’entends le devoir que Dieu nous a confié de construire quelque chose pour son Église.

Une telle mission ne signifie pas qu’on gagnera de l’argent. Il arrivera peut-être qu’on en gagnera, mais ce sera accessoire. En général, accomplir une telle mission ne sera pas rentable. Au contraire, cette mission comportera habituellement peines, labeurs, déceptions et croix. Elle aboutira peut-être à la torture et au martyre. Il se peut que Dieu appelle un enfant à donner sa vie pour sauver d’autres vies, comme Damien, qui, en poursuivant sa propre mission pour Dieu auprès des lépreux, a contracté la lèpre. La mission que Dieu confie peut conduire jusque-là. Mais est-ce là une raison de reculer devant elle ?

D’habitude, nous jugeons les parents à l’aune du monde : plus ils veillent à ce que leurs enfants goûtent les plaisirs de la vie, plus ils sont « responsables ». Mais si vous voulez que vos enfants réalisent le but pour lequel Dieu les envoie faire leur pèlerinage sacré, solennel et vital dans ce monde, alors ce côté égoïste et douillet doit être subordonné aux considérations spirituelles. Il faut que vous désiriez de tout votre cœur et de toute votre âme que vos enfants remplissent cette mission dans leur vie, et à cette fin il faut faire dans votre cœur le sacrifice qu’ils seront appelés plus tard à faire dans leur chair.


Chrétiens en Mission et vos enfants

Il est donc essentiel que la formation de vos enfants soit proportionnée à leur destinée spirituelle. Pour cela, il faut leur prodiguer votre amour et votre attention, il faut développer chaque talent et chaque vertu morale qu’ils ont en eux. Chrétiens en Mission aspire à vous seconder dans cette œuvre. Son programme et le vôtre sont, ou devraient être identiques.

CEM vise à fonder le caractère de ses étudiants en Dieu et, de cette façon et de toutes les façons possibles, à les préparer à réaliser leur destinée chrétienne. Voilà pourquoi nous devons, CEM et vous, travailler en équipe.

Laissez-moi donc rectifier un malentendu. CEM, ou toute formation spirituelle qui lui ressemble, n’est pas du luxe. Il existe dans l’Église plus de gens qu’on ne voudrait compter qui s’imaginent que tout ce que Dieu attend du chrétien, c’est qu’il assiste régulièrement au culte le dimanche matin ; des gens qui, par conséquent, s’imaginent que CEM, c’est du pur idéalisme dans ce sens qu’on doit peut-être l’admirer en principe, mais que ce n’est nullement nécessaire.

Cela est une erreur qui mérite d’être qualifiée de catastrophique. En réalité, une « école de la foi » comme CEM est essentielle. Elle fait partie de ce qu’on pourrait appeler un des « articles de première nécessité » de l’Église.

Pourquoi donc ? Parce que la vie chrétienne appelle chacun à une mission divine. Quand on devient chrétien par le baptême, on est appelé par cet acte même à l’apostolat, si bien que si on ne répond pas à cet appel, on ne vit que de moitié sa vie chrétienne. Le désir d’être « en mission », privé des moyens pratiques pour se préparer à cette mission, demeurera dans la plupart des cas stérile.


Se préparer à la mission

Beaucoup admettront peut-être tout cela sans difficulté. Mais ils objecteront qu’une telle formation doit venir plus tard, une fois que les jeunes auront terminé leurs études et se seront bien installés dans la vie. Car, pour le moment, ils doivent consacrer tout leur temps à se préparer en vue de leur carrière professionnelle. Cela semble si plausible. Mais d’où vient cette idée : de Dieu ou du monde, qui veut organiser notre vie comme si Dieu n’existait pas ?

Et qu’implique en réalité cette idée ? Rien d’autre que la mission est tout à fait accessoire : une chose qu’on peut repousser facilement à une date ultérieure indéfinie où on aura tout le loisir de s’occuper des choses non essentielles. Voilà la vision du monde qu’on présente à nos enfants. Non, c’est encore pire que cela : voilà la vision du monde qu’on fixe de façon indélébile dans la pensée de nos enfants.

Il est donc impératif que nous montrions à nos enfants, par nos paroles et par nos actions, quelle est la vraie nature de la vie chrétienne (pratique et mission) afin qu’ils soient initiés au service de l’Église.

Puisque nous croyons toutes ces choses, CEM s’adresse constamment aux familles et aux Églises locales pour inviter les jeunes avant qu’ils soient pris dans le tourbillon à cent pour cent sécularisé de leurs études ou de leur vie professionnelle. Les parents s’excusent souvent en allégant pour leurs enfants un projet d’études long et exigeant. Ils disent parfois qu’ils aimeraient bien trouver une place pour CEM mais s’opposent à toute diversion, aussi minime qu’elle soit, qui détournerait les enfants de cette poursuite implacable du… boulot.

Je vous invite à lever les yeux et à voir clairement où se trouve notre vrai devoir. Supposons que nous réussissions ensemble à allumer la flamme…

Max Dauner

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